Innocence en Danger assigne l'État français en justice pour « déni de justice » dans l'affaire Epstein
Paris, le 23 juillet 2026
Innocence en Danger, Association française de protection de l'enfance qui défend les mineurs victimes de violences sexuelles, assigne l'État françaisdevant le tribunal judiciaire de Paris pour « déni de justice » dans le volet français de l'affaire Jeffrey Epstein.
L'association dénonce ce qu'elle décrit comme une inertie flagrante, des délais excessifs et un manque de transparence dans l'enquête ouverte à Paris en août 2019, à la suite de ses propres signalements au procureur de la République concernant les ramifications françaises du réseau Epstein.
L'appartement parisien d'Epstein, avenue Foch, n'a été perquisitionné que le 23 septembre 2019, soit cinq semaines après sa mort en détention aux États-Unis — un délai qu'Innocence en Danger qualifie à la fois d'incompréhensible et de profondément troublant.
Malgré la dimension internationale du scandale, l'association relève que les autorités françaises n'ont fourni aucune explication publique sur les choix opérés, les actes d'enquête accomplis ou ceux qui n'ont jamais été entrepris, et que les ramifications françaises du réseau demeurent largement inexplorées.
La mort en détention de l'agent de mannequins Jean-Luc Brunel en 2022, officiellement qualifiée de suicide, n'a entraîné aucune accélération visible du dossier.
L'assignation met également en lumière une série troublante de décèsparmi les personnes liées à l'affaire, dont des victimes et des témoins clés, et désormais la mort récente de Daniel Siad, figure centrale du dossier français.
Siad, 69 ans, faisait l'objet de cinq plaintes pour viol et traite d'êtres humains, était cité dans plus d'un millier de pièces du dossier et était décrit dans la presse comme « le découvreur de mannequins soupçonné de violences sexuelles et d'avoir orienté de jeunes femmes vers le pédocriminel américain Jeffrey Epstein ».
Dans des documents judiciaires consultés par Ouest-France, Daniel Siad apparaît comme l’un des hommes-clés du volet parisien de l’affaire Jeffrey Epstein.
Selon ces pièces, il aurait utilisé plusieurs identités pour approcher de jeunes femmes au fil des années. L’une d’entre elles affirme être devenue «l’esclave» du financier américain et avoir vécu jusqu’en 2019 dans la chambre de bonne de son appartement parisien. Jamais poursuivi ni condamné dans ce dossier, il a nié toute implication.
Les circonstances de sa mort, survenue le 22 juillet 2026, demeurent floues.
Innocence en Danger souligne que ces délais anormalement longs ont des « conséquences dramatiques », tant pour la crédibilité de l'institution judiciaire que pour les victimes, qui se sentent ignorées malgré la gravité des crimes qu'elles dénoncent.
L'association rappelle, entre autres, le témoignage de l'ancienne mannequin suédoise Ebba P. Karlsson, qui accuse Siad de l'avoir violée à Cannes et de l'avoir conduite auprès de Gérald Marie — alors à la tête de l'agence de mannequins Elite — qu'elle accuse également de viol.
Sur le plan juridique, l'action se fonde sur le code de l'organisation judiciaire et sur l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui impose que la justice soit rendue dans un « délai raisonnable ».
Selon une jurisprudence française constante, des délais de procédure excessifs et injustifiés peuvent constituer un déni de justice, engageant la responsabilité de l'État pour le fonctionnement défectueux du service public de la justice.
L'association a expressément refusé une procédure écrite simplifiée sans audience et exige que l'affaire soit examinée en audience publique, au nom de la transparence et de l'exigence de responsabilité dans un dossier portant sur des crimes sexuels graves commis sur des mineurs.
Homayra Sellier
Présidente d’Innocence en Danger