INNOCENCE EN DANGER — DOSSIER THÉMATIQUE


Affaire Epstein en France :

 la vérité ne peut plus attendre


Comment l'association Innocence en Danger a forcé la justice française à regarder en face ce qu'elle avait préféré ignorer pendant sept ans — et pourquoi ce combat est loin d'être terminé.



1 - POURQUOI LA FRANCE EST AU COEUR DE L'AFFAIRE EPSTEIN


Emmanuel Macron a déclaré que l'a1aire Epstein « concerne surtout les États- Unis d'Amérique ». Pourtant, les faits racontent une tout autre histoire. La France est le seul pays au monde, en dehors des États-Unis, où Jeffrey Epstein possédait une propriété : un appartement de 800 m² avenue Foch, à Paris, au cœur du 16ème arrondissement. Ce n'est pas un détail anecdotique — c'est une fenêtre ouverte sur un réseau criminel qui opérait aussi bien à New York qu'à Paris.


C'est d'ailleurs en revenant d'un séjour à Paris qu'Epstein a été arrêté en juillet 2019. Il envisageait même, selon plusieurs sources, de s'installer définitivement en France pour échapper à la justice américaine. Si Epstein aimait autant la France, il y avait des raisons profondes à cela — et la justice française a longtemps choisi de ne pas les chercher.

Ce que révèlent les Epstein Files sur la France


Publiés fin janvier 2026 par le ministère de la Justice américain, les trois millions

de documents des « Epstein Files » mentionnent des dizaines de noms français :

Jack Lang (cité 673 fois), Olivier Colom (ancien conseiller diplomatique de l'Élysée), Jean-Luc Brunel, ainsi que des personnalités du monde de la mode, de la finance et de la politique. Le réseau d'Epstein s'étendait bien au-delà de ses îles privées.

Le volet français de l'affaire est indissociable de la figure de Jean-Luc Brunel,

agent de mannequins et principal recruteur d'Epstein en France. Co-fondateur de

l'agence MC2, il a été mis en examen en 2020 pour viols et agressions sexuelles

sur mineurs. Il s'est suicidé dans sa cellule de la prison de la Santé en février 2022

— et c'est là que tout s'est arrêté, de manière troublante.


2 - CHRONOLOGIE : DE l'IMPUNITÉ À LA RÉOUVERTURE

MAI 1979

La première lettre oubliée

Une jeune Néerlandaise de 20 ans consigne dans une lettre avoir été violée par Jean-Luc Brunel, à qui elle avait été adressée par Gérald Marie, figure notoire du mannequinat français. Ce témoignage ne donnera suite à rien.

1988

Premières accusations contre Gérald Marie

Plusieurs top-modèles accusent Gérald Marie de viols. Au total, une quinzaine de femmes le mettront en cause. Il ne sera jamais inquiété —les faits sont aujourd'hui prescrits.

2019

Arrestation d'Epstein - Innocence en Danger agit

Après l'arrestation de Jeffrey Epstein à New York, Innocence en Danger, fondée par Homayra Sellier, réclame et obtient l'ouverture d'une instruction judiciaire en France. C'est l'association qui déclenche la procédure. Jean-Luc Brunel est mis en examen en 2020.

Toutes les actions d'Innocence en Danger depuis 2019

AOÛT 2019

Mort d'Epstein à New York

Jeffrey Epstein est retrouvé mort dans sa cellule à New York dans des circonstances encore controversées. Il n'aura jamais été jugé. Le dossier américain se ferme sur des questions sans réponses.

FÉV. 2022

Suicide de Brunel — l'instruction s'arrête

Jean-Luc Brunel est retrouvé pendu dans sa cellule à la prison de la Santé. L'instruction est close par son décès. Pendant quatre ans, rien ne se passe. Les victimes qui avaient osé parler se sentent trahies.

JAN. 2026

Publication des Epstein Files

Le ministère de la Justice américain publie trois millions de

documents. Des noms français apparaissent massivement. La pression internationale devient impossible à ignorer pour la France.

FÉV. 2026

Réouverture — deux nouvelles enquêtes cadres

Le Parquet de Paris ouvre deux nouvelles enquêtes cadres : l'une sur le volet financier (pilotée avec le Parquet National Financier), l'autre sur les agressions sexuelles et les viols commis sur le territoire français, par des Français, ou sur des victimes françaises. Des magistrats référents sont désignés. Innocence en Danger salue « une étape importante et attendue depuis de nombreuses années ».

MARS 2026

Réception des pièces de procédure Brunel

Les avocats mandatés par Innocence en Danger reçoivent enfin les CD de procédures de l'instruction Brunel close en 2022. Avec retard, avec des fichiers endommagés — et après avoir dû « être particulièrement insistants » pour les obtenir.

AVRIL 2026

L'association réclame un juge d'instruction

Innocence en Danger et ses cinq avocats demandent que les nouvelles enquêtes soient confiées à un juge d'instruction plutôt qu'au seul parquet, afin de permettre la constitution de partie civile et de rendre la procédure contradictoire. Le combat continue.

20 JUIL. 2026

Mort de Daniel Siad — dans des circonstances floues

Daniel Siad, 69 ans, photographe globe-trotteur décrit comme un « découvreur de mannequins » et figure centrale du volet parisien de l'affaire, décède dans des circonstances qui demeurent floues. Il faisait l'objet de cinq plaintes pour viol et traite d'êtres humains, et était cité dans plus de mille pièces du dossier. Jamais poursuivi ni condamné, il niait toute implication.

23 JUILLET 2026

L'association assigne l'Etat français pour déni de justice

Innocence en Danger assigne l'État français devant le tribunal judiciaire de Paris pour « déni de justice » dans le volet français de l'affaire Epstein, dénonçant l'inertie et les délais excessifs de l'enquête ouverte en 2019, notamment la perquisition tardive de l'appartement d'Epstein et l'absence d'explications officielles. L'action fait suite à plusieurs décès troublants liés au dossier, dont celui récent de Daniel Siad, mis en cause dans cinq plaintes pour viol et traite d'êtres humains. Invoquant l'article 6 de la CEDH, l'association dénonce les conséquences dramatiques de ces retards pour les victimes et exige une audience publique.

Lire le communiqué de presse


3. Innocence en Danger : l'unique déclencheur


Sans Innocence en Danger, il n'y aurait pas eu d'enquête française. Cette phrase n'est pas une figure de style — c'est un fait documenté. C'est l'association qui, en 2019, a réclamé et obtenu l'ouverture de l'instruction judiciaire ayant abouti à la mise en examen de Jean-Luc Brunel. Et c'est elle qui, depuis la fermeture brutale de cette instruction en 2022, a maintenu la pression pour que le dossier soit rouvert.


Toutes les actions d'Innocence en Danger depuis 2019


Fondée en 1999 par Homayra Sellier, présente dans cinq pays, l'association est aujourd'hui l'un des fers de lance de la lutte contre les violences sexuelles faites aux enfants. Elle est intervenue dans près de 700 affaires depuis 2022.

« Toutes ces années ont été perdues. En 2019, plusieurs dizaines de victimes avaient parlé, puis en 2022 on leur a dit que c'était classé sans suite. Et maintenant on leur demande de revenir, tout en leur disant que c'est prescrit… »



— Homayra Sellier, présidente d'Innocence en Danger

Face aux lenteurs judiciaires, l'association a constitué une véritable task force juridique. Cinq avocats sont intégralement dédiés à cette affaire, mandatés par Innocence en Danger pour représenter les victimes et faire avancer la procédure.

Homayra Sellier & Avocats Innocence en Danger

Cliquer sur l'image pour accéder à toutes les interviews depuis février 2026

Tous déplorent que la nouvelle enquête, « qui n'est pas inutile », demeure « secrète et non contradictoire ». Car la différence est cruciale : une enquête

pilotée par le seul parquet empêche toute constitution de partie civile.


L'association ne peut donc pas réclamer que des actes précis soient effectués — qu'une audition soit ordonnée, qu'une perquisition soit conduite. Elle est tenue à l'écart.


C'est pourquoi la demande principale d'Innocence en Danger est aujourd'hui la saisine d'un juge d'instruction : pour que la procédure devienne enfin

contradictoire, et que les victimes puissent enfin être parties à la procédure qui les concerne.

4. Pourquoi cette réouverture s'imposait


La question peut sembler rhétorique. Mais elle ne l'est pas, au regard du fait que la France a attendu sept ans. Plusieurs raisons rendent cette réouverture non seulement nécessaire mais urgente.

IMPUNITÉ STRUCTURELLE


Une seule personne a été mise en cause dans le volet français — Brunel, décédé avant jugement. Aucune complicité n'a jamais été établie. Or les témoignages pointent vers un réseau organisé, pas vers un individu isolé.

TROIS MILLIONS DE DOCUMENTS


Les Epstein Files publiés en janvier

2026 contiennent des milliers de

références à des personnalités

françaises. Ces éléments n'existaient pas lors de l'instruction Brunel — ils doivent aujourd'hui être exploités.

LA PISTE FINANCIÈRE


Le système Epstein fonctionnait

comme un réseau de paiements

structurés : recruteurs rémunérés,

sociétés-écrans, fondations offshore. La France — son appartement avenue Foch, ses banques, ses circuits financiers — est directement impliquée.

DES VICTIMES FRANÇAISES


Des dizaines de victimes ont contacté l'association. Beaucoup gravitaient autour du milieu de la mode français.

Elles méritent que leur parole soit

entendue dans le cadre d'une

procédure rigoureuse.

« Imaginez qu'un chef de la DZ Mafia décède, et qu'on stoppe de ce fait toutes les enquêtes sur cette nébuleuse. C'est exactement ce qu'il s'est passé après la mort de Brunel. »


— Me François-Xavier Kozan, avocat mandaté par Innocence en Danger

La logique qui a prévalu jusqu'ici — clore l'instruction au décès de Brunel, sans poursuivre contre X — est juridiquement contestable et moralement

insoutenable. Comme le souligne Me Kozan, l'instruction aurait pu se poursuivre contre X pour terminer d'exploiter les éléments déjà exhumés. Le suicide de Brunel a été, selon lui, « l'occasion qui a fait le larron pour clore une instruction dérangeante ».


Dérangeante pour qui ?


La question reste posée. Des noms comme Jack Lang ou Olivier Colom circulent depuis les premières révélations. L'ancien ministre de la Culture est visé par une enquête du Parquet National Financier pour des millions qu'il aurait pu recevoir d'Epstein. Olivier Colom, ancien conseiller diplomatique adjoint à l'Élysée sous Sarkozy, apparaît dans une correspondance prolifique avec Epstein entre 2013 et 2019 — une relation dans laquelle il jouait le rôle de « fixeur » parisien pour le prédateur sexuel, facilitant notamment l'obtention de visas en urgence pour des femmes présentées comme « assistantes ».


Ces personnalités ne sont pas à ce stade soupçonnées de complicité dans les crimes sexuels. Mais comme le résument les avocats : « Il ne faudrait pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt. »


5. Un réseau tentaculaire : les noms, les lieux, les mécanismes


Paris, plaque tournante du système


L'appartement de 800 m² avenue Foch n'était pas une simple résidence secondaire. C'était une pièce centrale du dispositif. Epstein y organisait des

soirées, y recevait ses contacts les plus influents, y filmait — selon plusieurs sources — ses invités dans des situations compromettantes pour les tenir sous sa coupe. Ce n'est pas en revenant d'une île des Caraïbes qu'il a été arrêté : c'est en

revenant de Paris.


Le Zorro Ranch, la propriété oubliée


Au Nouveau-Mexique, le « Zorro Ranch » — 3 070 hectares de propriété désertique, demeure de 2 000 m², piste d'atterrissage privée et héliport — est au cœur de nouvelles révélations alarmantes. Plusieurs victimes affirment y avoir été abusées. Une allégation indique que les corps de deux jeunes femmes auraient été enterrés dans les collines environnantes. La chambre des représentants du Nouveau-Mexique a voté l'ouverture d'une enquête en février 2026.


Un système de contrôle par l'argent et le secret


Le système Epstein ne reposait pas uniquement sur la contrainte physique. Il fonctionnait comme un mécanisme sophistiqué d'entrelacement des intérêts : des personnes extrêmement puissantes cherchaient, par leur participation à ces soirées, une forme d'excitation que leur fortune ne pouvait plus procurer.

D'autres fermaient les yeux parce qu'ils avaient une relation financière avec Epstein — acceptant de « ne pas être trop regardants » sur ce qu'ils voyaient pour avoir « 20 minutes » avec un contact influent. D'autres encore étaient filmés à leur insu, créant un système de chantage permanent.

« Tout le monde se tenait à un moment ou à un autre », résume Me Kozan. « On ne se trompe pas quand on parle d'un réseau tentaculaire. »


La dimension financière : suivre l'argent


Le Parquet National Financier joue un rôle central dans la nouvelle enquête cadre.

Les flux financiers liés à l'appartement avenue Foch (par quels circuits a-t-il été acquis ?), les sociétés-écrans, les fondations offshore, les virements vers des recruteurs ou des victimes — tout cela laisse des traces. Comme le souligne Homayra Sellier : «  Si la recherche de la vérité est un impératif, alors il est essentiel de suivre les flux financiers. »


Lire le communiqué de presse : "Affaire Epstein : aspect financier"

6. Appel à temoignages lancé par innocence en danger


L'association Innocence en Danger a ouvert un espace d'écoute sécurisé pour toutes les victimes françaises — mineures ou majeures au moment des faits — ainsi que pour les témoins disposant d'informations utiles.


Parler ne signifie pas porter plainte. Les témoignages sont protégés par le secret professionnel des cinq avocats mobilisés à vos côtés. L'anonymat est possible. Et chaque témoignage, même fragmentaire, aide les enquêteurs à avancer.


Consulter l'appel à témoins lancé par Innocence en Danger

7. Daniel Siad : la mort d'un homme-clé aux circonstances troubles


Le 22 juillet 2026, Daniel Siad, 69 ans, décède dans des circonstances que l'association Innocence en Danger qualifie elle-même de « floues ». Cet événement vient s'inscrire dans ce que l'assignation de l'État français décrit comme « une série troublante de décès » parmi les personnes liées à l'affaire Epstein — victimes, témoins clés, et désormais un suspect majeur.


Photographe globe-trotteur autoproclamé « découvreur de talents », Daniel Siad était une figure discrète mais centrale du volet parisien de l'affaire. Il apparaît dans plus d'un millier de pièces du dossier — un volume qui dit l'étendue de son rôle dans le système. La presse l'a décrit comme un homme qui « orientait de jeunes femmes vers le pédocriminel américain Jeffrey Epstein ».

« Il aurait utilisé plusieurs identités pour approcher de jeunes femmes au fil des années. L'une d'entre elles affirme être devenue l'esclave du financier américain et avoir vécu jusqu'en 2019 dans la chambre de bonne de son appartement parisien. »


— Documents judiciaires consultés par Ouest-France, cités dans l'assignation d'Innocence en Danger

Au moment de sa mort, Daniel Siad faisait l'objet de cinq plaintes pour viol et traite d'êtres humains. Parmi les plaignantes figure une ancienne mannequin suédoise, qui accuse Siad de l'avoir violée à Cannes avant de la conduire auprès de Gérald Marie — alors directeur de l'agence Elite France — qu'elle accuse également de viol. Assistée de son avocate, elle avait déposé plainte en début d'année 2026.


Siad niait toute implication et avait, selon la presse, demandé à être entendu par la police. Il ne l'avait pas été. Il est mort avant que la justice ne se penche véritablement sur son cas.

Une mort qui pose des questions


L'assignation d'Innocence en Danger pointe explicitement « une série troublante de décès » dans cette affaire : Jeffrey Epstein en 2019 (mort en détention, causes contestées), Jean-Luc Brunel en 2022 (suicide en prison), Virginia Giuffre en avril 2025 (suicide), et désormais Daniel Siad le 22 juillet 2026. Dans chaque cas, la personne décédée emporte avec elle des pans entiers d'une vérité judiciaire encore incomplète. Les circonstances de la mort de Siad n'ont pas été clarifiées publiquement à la date de publication de ce dossier.

Pour Innocence en Danger, la mort de Siad illustre dramatiquement l'urgence d'une justice qui avance — et non d'une justice qui attend. Chaque mois de délai supplémentaire, c'est potentiellement une vérité de moins, un témoignage impossible à recueillir, un réseau qui s'efface un peu plus.

8. L'État français assigné pour déni de justice : une première historique


Le 23 juillet 2026, au lendemain de la mort de Daniel Siad, Innocence en Danger franchit un cap inédit : l'association assigne l'État français devant le tribunal judiciaire de Paris pour « déni de justice » dans le volet français de l'affaire Epstein.


Ce n'est pas une procédure symbolique. C'est une action juridique fondée sur deux textes précis : le code de l'organisation judiciaire, qui reconnaît la responsabilité de l'État pour le fonctionnement défectueux du service public de la justice, et l'article 6 de la Convention européenne des droits de l'homme, qui garantit à toute personne le droit à ce que sa cause soit entendue dans un délai raisonnable.


Lire le communiqué de presse "Innocence en Danger assigne l'État français en justice pour « déni de justice » dans l'affaire Epstein"

LES FAITS REPROCHÉS À L'ÉTAT


L'enquête ouverte à Paris en août 2019 n'a pas prospéré. L'appartement avenue Foch n'a été perquisitionné que cinq semaines après la mort d'Epstein — un délai qualifié d'« incompréhensible et profondément troublant ». Depuis, aucune explication publique sur les choix opérés, les actes accomplis, ni ceux qui n'ont jamais été entrepris

UN MANQUE DE TRANSPARENCE TOTAL


Les ramifications françaises du réseau Epstein demeurent largement inexplorées. Malgré la dimension internationale du scandale, les autorités françaises n'ont fourni aucune explication publique sur l'avancement de l'enquête ni sur les orientations choisies.

DES DÉLAIS ANORMALEMENT LONGS


Selon une jurisprudence française constante, des délais excessifs et injustifiés peuvent constituer un déni de justice engageant la responsabilité de l'État. Innocence en Danger considère que sept ans d'inertie dans une affaire de cette gravité franchissent clairement ce seuil.

UNE AUDIENCE PUBLIQUE EXIGÉE


L'association a expressément refusé la procédure écrite simplifiée sans audience. Elle exige que l'affaire soit examinée publiquement — au nom de la transparence et de l'exigence de responsabilité dans un dossier portant sur des crimes sexuels graves commis sur des mineurs.

« Ces délais anormalement longs ont des conséquences dramatiques, tant pour la crédibilité de l'institution judiciaire que pour les victimes, qui se sentent ignorées malgré la gravité des crimes qu'elles dénoncent. »


— Homayra Sellier, présidente d'Innocence en Danger, assignation du 23 juillet 2026.

Cette assignation est une première dans l'affaire Epstein en France. Elle marque un tournant : après des années de signalements, de demandes, de courriers, de conférences de presse et de mobilisations publiques, Innocence en Danger porte le combat devant les juges eux-mêmes. C'est la justice qui est convoquée à la barre pour répondre de son propre fonctionnement.


L'issue de cette procédure pourrait avoir des conséquences majeures — non seulement pour l'affaire Epstein, mais pour la manière dont la France traite les dossiers de criminalité sexuelle organisée impliquant des personnalités puissantes.

9. ce que demande Innocence en Danger et ce qui reste à faire


La réouverture d'une enquête est une victoire partielle. Mais une enquête pilotée par le parquet n'est pas une instruction judiciaire. La différence est considérable en droit français :


Dans le cadre actuel, la procédure est secrète et non contradictoire. L'association ne peut pas se constituer partie civile, ni demander que des actes spécifiques soient accomplis — une audition, une perquisition, une commission rogatoire internationale. Elle n'est informée de rien. Les victimes sont, là encore, tenues à l'écart.


C'est pourquoi les cinq avocats d'Innocence en Danger réclament la saisine d'un juge d'instruction. Ils demandent également que les noms figurant dans l'instruction Brunel soient officiellement croisés avec les Epstein Files, pour « rattacher à la France tout ce qui peut l'être dans l'affaire Epstein ».

Ils s'inquiètent, par ailleurs, que l'enquête sur Jack Lang — centrée sur le volet financier — ne serve de paravent pour éviter d'aller plus loin. « Il ne faudrait pas que ce soit l'arbre qui cache la forêt », répètent-ils.


Le chemin est encore long. Des femmes qui ont vécu ces événements vivent encore aujourd'hui avec les séquelles. Des noms restent dans l'ombre. Des réseaux n'ont jamais été démêlés. Et la France — qui a préféré pendant des décennies regarder ailleurs — a une responsabilité particulière dans ce dossier.


Innocence en Danger n'a pas l'intention de lâcher.

Sources principales : Ouest-France (interview de Me François-Xavier Kozan, 17 mars 2026) · Le Parisien (Affaire Epstein : ce que réclame Innocence en Danger, 4 avril 2026 ; Zorro Ranch, 22 février 2026) · Le Monde (Olivier Colom, 14 février 2026) · Communiqué de presse Innocence en Danger (16 février 2026) · Assignation de l'État français, Innocence en Danger (23 juillet 2026, innocenceendanger.org) · Appel à témoins Innocence en Danger (2026)



Note : Ce dossier est régulièrement mis à jour au fur et à mesure des avancées judiciaires. Les personnes citées sont présumées innocentes tant qu'une décision de justice définitive n'a pas été rendue à leur égard.