Scandale du périscolaire à Paris

IED • 3 avril 2026

Paris, le 3 avril 2026


Violences sexuelles : un scandale systémique, une responsabilité politique.

Plus de 750 parents des VIIe et XVe arrondissements ont écrit dimanche au nouveau maire de Paris pour exiger un audit et des sanctions en raison des violences dans le périscolaire. 

 

Des dizaines d'enfants victimes. Un système qui savait. Des institutions qui n'ont pas agi.

L'association Innocence en Danger apporte son soutien plein et entier aux près de 750 parents d'élèves parisiens qui ont saisi le maire de Paris pour dénoncer le scandale du périscolaire et réclamer des mesures immédiates de protection des enfants. Face à la gravité des faits signalés dans un grand nombre d'écoles, notre association demande des sanctions exemplaires ainsi qu'un audit totalement indépendant du dispositif périscolaire et de la gestion des signalements de violences, en particulier sexuelles.

 

Des faits graves et des dysfonctionnements structurels

En France, plusieurs dizaines d’animateurs périscolaires sont aujourd’hui visés par des plaintes pour des violences sexuelles sur de très jeunes enfants. Dans une seule école parisienne, onze animateurs d'une même équipe sont visés par des plaintes pour violences physiques et sexuelles. Ce n'est pas un cas isolé : c'est la démonstration d'un système défaillant, incapable de protéger les enfants qu'il a la charge d'accueillir.

Ces éléments révèlent non seulement des comportements individuels inacceptables, mais surtout des défaillances systémiques dans le recrutement, la prévention, le contrôle, le traitement des alertes et la protection effective des mineurs confiés au service public. Le casier judiciaire ne recense que les condamnations définitives — or la majorité des plaintes pour violences sexuelles n'aboutissent pas à un procès. Les fichiers d'auteurs d'infractions sexuelles existent, mais leur consultation n'est ni systématique ni contrôlée.

 

Une colère légitime des familles

Les parents qui se mobilisent dénoncent des alertes restées sans suite à la hauteur de la gravité des faits, des réponses tardives ou minimisées, et des décisions qui ont parfois privilégié la préservation de l'image de l'institution plutôt que la protection des enfants.

Innocence en Danger considère cette colère comme légitime et rappelle que la protection de l'enfance impose une obligation de vigilance et de réaction immédiate à toute autorité ayant connaissance de faits potentiellement criminels. Cette inaction n'est pas un dysfonctionnement. C’est une dérive institutionnelle. Elle doit désormais être traité comme telle.

 

Le FIJAIS : un outil insuffisant

Dans le FIJAIS, une part importante des faits de violences sexuelles n’apparaît jamais, en l’absence de plainte, de poursuites ou de condamnation. Un parent peut ainsi se retrouver face à un adulte mis en cause à plusieurs reprises pour des faits graves, mais dont le casier est vierge et qui n’est pas inscrit au FIJAIS.

Cette zone d’ombre favorise la circulation de personnes potentiellement dangereuses d’une structure à une autre, sans qu’aucune trace ne soit accessible aux employeurs, ni qu’aucun mécanisme d’alerte systématique ne protège les familles.

 

Les demandes d'Innocence en Danger


Au nom de l'intérêt supérieur de l'enfant, Innocence en Danger exige :

  • La possibilité, pour l’ensemble des employeurs de personnels intervenant auprès de mineurs, d’accéder au casier judiciaire (bulletin n°2) et au FIJAIS, préalable indispensable à l’instauration d’une véritable obligation de consultation systématique de ces fichiers ainsi que de l’attestation d’honorabilité, pour tout recrutement et tout renouvellement de contrat, y compris dans le cadre périscolaire et au sein des établissements privés.
  • Un devoir de signalement réellement contraignant : procédures standardisées, délais impératifs, traçabilité des décisions, contrôle indépendant. Tout responsable qui omet de signaler engage sa responsabilité administrative et pénale.
  • La suspension à titre conservatoire automatique de toute personne mise en cause pour des faits graves impliquant des mineurs, avec interdiction formelle de toute mutation vers un autre établissement.
  • La réalisation d'un audit indépendant, confié à un organisme extérieur, portant sur l'ensemble du dispositif périscolaire parisien, avec la publication intégrale et transparente des conclusions.
  • L'association des représentants de parents, d’organisations spécialisées et d’experts indépendants à ces travaux d'audit.
  • Une information claire des parents sur leurs droits : plainte, recours, accompagnement, sans omerta institutionnelle.
  • La mise en place d’une enquête pénale rapide afin de faire la lumière sur les faits dénoncés, avec une information régulière des parents sur l’avancée de l’enquête. Même s’ils ne peuvent pas en connaître les éléments de fond, ils doivent à minima être entendus et considérés. 


La responsabilité politique de la Ville de Paris


Si la Ville a annoncé certaines mesures, telles que des suspensions et la commande d'un audit, elles ne sauraient suffire tant que l'indépendance de l'évaluation, la transparence du processus et l'effectivité des changements ne sont pas garanties.


Innocence en Danger appelle le maire de Paris et l'ensemble de l'exécutif municipal à assumer pleinement leurs responsabilités politiques, à reconnaître l'ampleur des défaillances et à s'engager publiquement par des actes concrets, vérifiables et datés. Les responsables publics ne peuvent plus invoquer la complexité des procédures : l’inaction semble désormais relever d'un choix politique délibéré.


Depuis vingt-sept ans, Innocence en Danger alerte sur les failles de la protection des enfants, en France comme à l'international. Ce scandale doit constituer un tournant : la sécurité et l'intégrité des enfants ne peuvent plus être reléguées derrière des considérations de gestion interne ou de communication. Tant que l'omerta l'emporte sur la transparence, nous continuerons à découvrir des prédateurs qui ont circulé de structure en structure en toute impunité.


Aux parents, nous voulons dire ceci : Vous n'êtes pas seuls et votre rôle est de protéger votre enfant, pas de protéger la réputation d'une structure. 

Voir tous les communiqués

Partager cet article

Retour aux actualités