Lettre ouverte à Jessie Auryann

IED • 25 février 2026

Madame Jessie Auryann,


L’association Innocence en Danger a pris connaissance des tomes 1 et 2 de votre saga Corps à Cœur.


À la lecture de ces ouvrages, nous avons été confrontés à des descriptions de violences sexuelles insoutenables commises à l’encontre de nourrissons et de très jeunes enfants. 


Il ne s’agit pas d’une simple évocation allusive : les scènes sont développées, explicites, répétées.

Ce qui nous alarme tout particulièrement n’est pas uniquement la nature des faits décrits, mais la manière dont ils le sont. Vos écrits ne s’inscrivent pas dans une démarche de dénonciation ou de condamnation morale claire. Ils ne sont pas contrebalancés par un point de vue explicite rappelant l’horreur de ces actes. Ils les exposent avec complaisance.


Nous rappelons que la liberté d’expression constitue un pilier fondamental de notre démocratie. Elle ne saurait toutefois couvrir ce qui s’apparente à de la pédopornographie textuelle.


L’article 227-23 du Code pénal incrimine la représentation de mineurs à caractère pornographique. Si la jurisprudence s’est principalement prononcée à propos d’images, la lettre du texte vise largement les « représentations » sans en restreindre la forme. L’absence de décision spécifique concernant un ouvrage littéraire ne constitue donc pas une zone d’immunité.


C’est précisément parce qu’il existe aujourd’hui ce vide jurisprudentiel que nous estimons indispensable que la justice soit saisie afin que ce point soit clarifié. Nous engagerons donc les démarches nécessaires auprès du Procureur de la République.

Nous avons pris acte du retrait de votre ouvrage du catalogue d’Amazon et nous nous réjouissons de cette décision, qui témoigne d’une prise de conscience minimale de la part d’une plateforme de diffusion.


Nous avons également pris connaissance des avis positifs publiés par certains lecteurs. Que chacun d’entre eux mesure la gravité de son soutien. Lorsqu’un contenu mettant en scène des violences sexuelles sur des mineurs est salué ou recommandé, cela participe à une normalisation culturelle de ces actes, dont les conséquences sont réelles et documentées.


Nous notons par ailleurs que vous avez publiquement affirmé ne regretter aucun mot de vos écrits. Cette absence totale de remise en question, face à des descriptions de telle nature, interroge profondément sur la conception de la responsabilité auctoriale qui est la vôtre.

La présence éventuelle de trigger warnings ne constitue ni un rempart éthique, ni une immunité juridique. Un avertissement n’efface pas la nature d’un contenu, ni son impact potentiel sur les lecteurs ou sur la perception sociale de ces violences.


Vous avez annoncé la publication prochaine d’un nouveau roman relevant du même genre littéraire. Nous y porterons une attention particulière et n’hésiterons pas à agir si cela s’avère nécessaire.


Dans une société où les violences sexuelles sur mineurs demeurent massives et où les victimes peinent encore à être entendues, toute œuvre qui expose de telles scènes sans les condamner clairement contribue à les banaliser et à fragiliser la protection que nous tentons collectivement de construire.


Nous vous demandons solennellement de mesurer la gravité des sujets que vous traitez et la responsabilité qui incombe à tout auteur.

L’association Innocence en Danger poursuivra son action avec détermination.


Innocence en Danger


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