APPEL À TÉMOINS - AFFAIRE EPSTEIN
Paris, le 18 mai 2026
Vous n’êtes plus seules. La parole des survivantes change le monde.
Aux États-Unis, en ce moment même, un mouvement historique est en marche. Je voudrais que les victimes francophones, ou les victimes ayant un lien avec la France, le sachent.
À New York, du 8 au 21 mai 2026, ouvre le Donald J. Trump and Jeffrey Epstein Memorial Reading Room, à Tribeca. Une installation rassemble les 3,5 millions de pages de documents publiés par le ministère américain de la Justice, et des bougies disposées au sol rendent hommage aux plus de 1 200 victimes identifiées dans les dossiers Epstein. Chaque flamme est un visage, une histoire, une vie volée — et un appel à ne plus jamais détourner le regard.
Au Capitole de Washington, depuis septembre 2025 puis en novembre 2025, des dizaines de survivantes ont pris la parole publiquement, certaines pour la première fois. Le 18 novembre 2025, sous leur impulsion, la Chambre des représentants a voté à 427 voix contre 1 l’Epstein Files Transparency Act. Le Sénat a confirmé. Une réunion a de nouveau eu lieu en septembre 2025 dans le Cannon House Office Building, organisée par le représentant Ro Khanna, pour exiger des comptes. Les survivantes ne demandent plus la permission de parler : elles parlent.
Et le 27 mars 2026, Bank of America a accepté de verser 72,5 millions de dollars à au moins 60 survivantes — la quatrième banque à indemniser des victimes d’Epstein, après JPMorgan Chase (290 millions de dollars en 2023), Deutsche Bank (75 millions de dollars en 2023), et le programme d’indemnisation alimenté par la succession Epstein (environ 125 millions de dollars). Plus de 437 millions de dollars ont déjà été versés à des victimes. L’audience d’approbation finale du règlement Bank of America se tiendra le 27 août 2026 devant la cour fédérale de New York.
Pendant ce temps, en France, les présidents de l’Assemblée nationale et du Sénat ont refusé l’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le traitement institutionnel de cette affaire par les autorités françaises. C’est un déni que nous refusons. La France est lourdement impliquée — par le domicile parisien d’Epstein avenue Foch, et son choix délibéré d'avoir une résidence en dehors de son pays; par la nationalité de deux de ses proches collaborateurs, par les recruteurs présumés, par les complicités possibles dans plusieurs milieux.
À toutes celles — et tous ceux — qui portent ce silence
Si vous avez été victime de Jeffrey Epstein, de Ghislaine Maxwell, ou de l’un de leurs complices et recruteurs, sur le territoire français ou ailleurs, nous vous écoutons.
Nous savons ce qui vous a fait taire :
- la peur des représailles ;
- le souci de protéger vos proches ;
- le sentiment que certains agresseurs sont « intouchables » ;
- la honte, qui envahit, si injustement les victimes ;
- l’idée qu’il serait « trop tard » à cause de la prescription.
Nous respectons ces silences. Mais nous tenons aussi à vous dire, comme l’a rappelé Maître Caty Richard, avocate de l’association : « Ne partez pas perdants. Tout doit être d’abord étudié. » Les règles de prescription comportent des exceptions, en particulier pour les violences sexuelles sur mineurs. Vos droits à indemnisation, y compris dans le cadre de fonds américains comme celui de Bank of America, peuvent être étudiés.
Innocence en Danger a été à l’origine, dès 2019, du signalement au procureur de la République qui a conduit à l’ouverture d’une première enquête en France. En février 2026, deux nouvelles enquêtes-cadres ont été ouvertes par le parquet de Paris.
Comment témoigner :
Un espace d’écoute sécurisé est ouvert. Cinq avocats sont mobilisés à vos côtés, tenus au secret professionnel.
paroleauxvictimes@innocenceendanger.org
- Vos mots resteront confidentiels.
- Vous pouvez rester anonyme.
Chaque témoignage, même fragmentaire, aide les enquêteurs à avancer.
Nous vous orienterons, si vous le souhaitez, vers les autorités judiciaires compétentes — parquet de Paris, juges d’instruction saisis — et vers les avocats qui pourront examiner vos droits, y compris en matière d’indemnisation aux États-Unis.
À la lumière des 437 millions de dollars déjà versés aux victimes outre-Atlantique, à la lumière du courage des survivantes américaines qui montent au Capitole et dont les noms s’affichent désormais en pleine lumière, l’immobilisme des institutions françaises devient insoutenable.
Nous demandons :
- L’ouverture d’une commission d’enquête parlementaire sur le traitement institutionnel de l’affaire Epstein en France. Une commission d’enquête ne se substitue pas à la justice — elle examine les défaillances administratives et politiques qui ont permis que ces crimes soient et restent impunis sur notre sol.
- Des moyens d’enquête à la hauteur pour le parquet de Paris.
- Une coordination effective avec les autorités américaines, notamment pour permettre aux victimes françaises de faire valoir leurs droits dans les procédures d’indemnisation en cours aux États-Unis.
Aux survivantes : un dernier mot
Votre parole est précieuse — pour vous-mêmes, pour les enquêtes en cours, pour celles qui n’osent pas encore parler, et pour empêcher que d’autres enfants soient un jour livrés à des prédateurs protégés par leur fortune et leur réseau.
Nous serons là, à vos côtés, aussi longtemps qu’il le faudra.
Homayra Sellier
Présidente d’Innocence en Danger