INNOCENCE EN DANGER — DOSSIER THÉMATIQUE


Violences sexuelles dans le périscolaire : un système défaillant


Des dizaines d'affaires, des centaines d'enfants victimes, des institutions trop longtemps silencieuses. Ce dossier documente l'ampleur des violences sexuelles commises dans les structures périscolaires françaises, les failles systémiques qui les permettent, et les actions de l'association Innocence en Danger.

7 000

enfants victimes de violences sexuelles en milieu scolaire chaque année en France

×25

écart entre les chiffres réels et les signalements officiels enregistrés

750+

parents parisiens ayant saisi le maire de Paris en avril 2026

350+

demandes d'aide reçues par Innocence en Danger depuis janvier 2025

CONTEXTE


En France, l'école et les structures périscolaires étaient perçues comme des espaces protégés. La réalité est tout autre.


Depuis 2022, une vague d'affaires de violences sexuelles commises dans des écoles maternelles, des accueils de loisirs et des structures périscolaires a déferlé sur la France. À Paris comme en province, les mises en cause se multiplient : animateurs, ATSEM (agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles), éducateurs spécialisés, enseignants de sport — autant de professionnels au contact direct des plus jeunes enfants.


Les victimes ont entre 3 et 5 ans dans la majorité des affaires recensées. Leur très jeune âge, leur difficulté à exprimer ce qu'ils ont subi et la dépendance à l'égard de leurs éducateurs font d'eux des proies particulièrement vulnérables. La révélation des faits dépend le plus souvent d'une parole recueillie fortuitement par un parent ou un enseignant.


Face à l'ampleur du phénomène, l'association Innocence en Danger s'est constituée partie civile dans de nombreuses affaires et a lancé un podcast dédié à la prévention. En avril 2026, elle a apporté son soutien public aux 750 parents parisiens ayant saisi le maire de Paris, dénonçant un « système défaillant, incapable de protéger les enfants ».

CHIFFRES INNOCENCE EN DANGER 2025


249

victimes mineures accompagnées dans les procédures judiciaires


25

cas en milieu scolaire sur 350+ demandes reçues depuis jan. 2025


9 %

des soutiens traités concernent des violences en milieu scolaire ou périscolaire


1/5

enfants en Europe victime d'une forme de violence sexuelle



AFFAIRES JUDICIAIRES


Les dossiers dans lesquels Innocence en Danger est partie civile

L'association Innocence en Danger (IED) intervient comme partie civile (CPC) dans les affaires impliquant des violences sexuelles sur mineurs, portant la voix des victimes devant les juridictions. Voici les neuf dossiers périscolaires qu'elle suit actuellement, tels qu'ils ressortent de ses archives judiciaires au printemps 2026.

Affaire Le Couédic — École maternelle Le Bono

(Morbihan)

VIOLS ET AGRESSIONS SEXUELLES SUR MINEURS DE 15 ANS

Une ATSEM de l'école maternelle de Le Bono est mise en cause pour des faits commis entre le 1er septembre 2022 et le 7 juillet 2023. Trois enfants âgés de 3 à 4 ans sont reconnus comme victimes dans ce dossier instruit par le Tribunal judiciaire de Lorient.


Victimes : 3 enfants (3-4 ans) TJ de Lorient Me LOIRAT

Affaire Dupont — École maternelle,

Marseille (5e arrondissement)

AGRESSION SEXUELLE SUR MINEUR DE 15 ANS

Un homme de 55 ans a comparu le 10 mars 2026 devant le Tribunal correctionnel de Marseille pour avoir touché une fillette de 4 ans dans une école maternelle du 5e arrondissement. L'affaire a été qualifiée de « dossier symptomatique » par la presse locale.


Victimes  : 3 enfants (3-4 ans) TC de Marseille Me BUCQUET

Affaire UEMA — Unité d'enseignement maternelle autisme, Paris

AGRESSION SEXUELLE SUR MINEUR DE 15 ANS (ENFANT AUTISTE)

Lors de la pause méridienne, une maîtresse aurait surpris un nouvel éducateur spécialisé en contact avec une enfant autiste de 4 ans dans un état de dénuement. L'enfant, en situation de handicap, était particulièrement vulnérable à l'emprise de l'adulte.


Victimes  : 1 enfant autiste (4 ans) TJ de Paris Me RICHARD

Affaire professeur de sport — École Tocqueville /

 Fénelon Sainte-Marie, Paris

AGRESSION SEXUELLE SUR MINEUR DE 15 ANS

Un professeur de sport d'un groupe scolaire privé parisien (Fénelon Sainte-Marie) est mis en cause pour des faits commis sur plusieurs enfants de maternelle. La première plainte remonte à 2020 et les investigations sont en cours devant le Tribunal judiciaire de Paris.


Victimes  : 3 plusieurs enfants TJ de Paris Me RICHARD

Affaire animateur Titon — École élémentaire Titon, Paris

AGRESSIONS SEXUELLES ET HARCÈLEMENT SEXUEL SUR MINEURS DE 15 ANS

Un animateur de 47 ans, suspendu le 9 octobre 2024, est poursuivi pour harcèlement sexuel sur neuf mineures et agressions sexuelles sur trois d'entre elles dans cette école élémentaire parisienne. L'audience s'est tenue devant le Tribunal correctionnel de Paris le 5 mai 2026.


Victimes  : 3 victimes harcèlement (3 ans) TC de Paris Me AUFFRET

Affaire animateur Chêne-Creux — École maternelle,

Rezé (Loire-Atlantique)

AGRESSION SEXUELLE SUR MINEUR DE 15 ANS

Un ancien animateur périscolaire de deux écoles de Rezé a été jugé les 15 et 16 décembre 2025 pour des agressions sexuelles sur 13 enfants de maternelle commises en 2018 et 2019. Le 22 janvier 2026, il a été condamné à six ans de prison ferme — peine supérieure aux réquisitions du parquet. Un « soulagement » pour les familles, selon Ouest-France.


Victimes  : 13 enfants TC de Nantes Me LOIRAT

Affaire maternelle Les Arésquiers — Montpellier (Hérault)

VIOL ET AGRESSION SEXUELLE SUR MINEUR DE 15 ANS PAR PERSONNE AYANT AUTORITÉ

Une ATSEM de 59 ans, employée depuis le 1er octobre 2024, est soupçonnée d'avoir commis des actes de pénétration digitale et des actes de masturbation sur au moins 9 enfants âgés de 3 à 4 ans. L'affaire, particulièrement grave, met en cause une femme — ce qui reste statistiquement rare dans ce type de dossier.


Victimes  : 9 enfants (3-4 ans) TJ de Montpellier Me SANNIER

Affaire animateur Alphonse-Baudin — École maternelle, Paris

AGRESSION SEXUELLE ET HARCÈLEMENT SEXUEL SUR MINEUR DE 15 ANS

Un animateur de maternelle exerçant à l'école Alphonse-Baudin à Paris est poursuivi pour des faits impliquant cinq enfants de maternelle. L'audience devant le Tribunal judiciaire de Paris est fixée au 26 mai 2026.


Victimes  : 5 enfants (3-4 ans) TJ de Paris Me RICHARD

Affaire Roman — École maternelle Voltaire, Paris

VIOL SUR MINEUR DE 15 ANS

Un surveillant (animateur périscolaire) de 19 ans est soupçonné d'avoir violé une enfant de 3 ans dans les toilettes de l'école, fin mars 2026. La victime a évoqué les faits à ses parents, qui ont immédiatement alerté l'établissement. L'animateur a été suspendu sans délai. L'affaire a suscité une vive émotion dans la presse nationale.


Victimes  : 1 enfant (3 ans) TJ de Paris Me DARMON

Nouveau titre

Nouveau titre

Nouveau paragraphe

« En France, plusieurs dizaines d'animateurs périscolaires sont aujourd'hui visés par des plaintes pour des violences sexuelles sur de très jeunes enfants. Dans une seule école parisienne, onze animateurs d'une même équipe sont visés par des plaintes. Ce n'est pas un cas isolé : c'est la démonstration d'un système défaillant, incapable de protéger les enfants qu'il a la charge d'accueillir. »

— Communiqué de l'association Innocence en Danger, 3 avril 2026


ANALYSE


Les sources du problème : pourquoi ces violences persistent-elles ?


Les affaires périscolaires ne sont pas des accidents isolés. Elles révèlent des failles structurelles profondes qui traversent l'ensemble du système d'accueil de la petite enfance. Experts, avocats et associations en identifient plusieurs, convergentes.

  • Des procédures de recrutement insuffisantes

L'accès aux métiers d'animateur périscolaire ou d'ATSEM ne requiert pas de diplôme élevé. Les vérifications d'antécédents judiciaires (casier judiciaire B3) ne sont pas toujours systématiques ni actualisées en cours d'emploi. Certains auteurs avaient des antécédents ignorés par leurs employeurs.


  • Un déficit de contrôle et d'encadrement

Les temps périscolaires (pause méridienne, garderie avant et après l'école, activités extrascolaires) sont souvent caractérisés par un faible ratio adultes/enfants, une surveillance insuffisante, et des espaces — toilettes, vestiaires, salles isolées — propices aux abus.


  • La parole de l'enfant trop souvent mise en doute

Selon plusieurs avocats et experts cités dans la presse, les institutions tendent à remettre en cause les déclarations des très jeunes enfants ou à soupçonner une « suggestion parentale ». Cette attitude retarde les investigations et aggrave le traumatisme des familles.


  • Une culture du silence institutionnel

La peur du scandale, la protection de l'image de l'établissement et la solidarité entre professionnels conduisent parfois à minimiser les alertes. Les signalements internes ne sont pas toujours transmis aux autorités compétentes dans les délais requis.


  • Des moyens judiciaires insuffisants

Les enquêtes sur les violences sexuelles commises sur de très jeunes enfants exigent des compétences spécialisées rares : auditions adaptées, expertises médicales et psychologiques, reconstitutions. La lenteur de la justice — dénoncée par Me Jean Sannier, avocat d'IED — constitue une « deuxième souffrance » pour les familles.

Le phénomène #MeTooÉcole


Depuis 2024, un mouvement de libération de la parole, baptisé #MeTooÉcole, prend de l'ampleur en France. Des parents, des enseignants et d'anciennes victimes signalent des faits parfois anciens, encouragés par la médiatisation des procès. Ce mouvement met sous pression les institutions éducatives et les autorités municipales — en particulier à Paris, où la concentration des affaires dans certains arrondissements a conduit à une réunion d'information inédite du parquet avec des familles en décembre 2025.


Le profil des auteurs


Contrairement aux représentations communes, les auteurs de violences sexuelles en milieu périscolaire ne sont pas des inconnus rôdant autour des écoles : ce sont des professionnels de confiance, intégrés dans l'équipe éducative, bénéficiant d'un accès régulier et légitime aux enfants. Leur position d'autorité facilite le processus de grooming (mise en confiance progressive) et empêche les victimes, très jeunes, de formuler une plainte compréhensible.


Comme l'explique la psychologue Joanna Smith dans son podcast dédié, « on a encore trop souvent l'image de l'exhibitionniste au coin de la rue ou du multi-récidiviste médiatisé. Mais ce sont les personnes de confiance qui sont les vraiment à risque autour de vous. »

RECOMMANDATIONS


Ce qui doit changer : les solutions réclamées


Innocence en Danger, les avocats des victimes et les associations de parents convergent vers plusieurs mesures urgentes. Elles couvrent la prévention, le recrutement, la formation, la procédure judiciaire et la réponse institutionnelle.

01

AUDIT INDÉPENDANT DU PÉRISCOLAIRE

Un audit totalement indépendant du dispositif périscolaire et de la gestion des signalements de violences doit être conduit sans délai dans chaque collectivité. Innocence en Danger l'a formellement demandé à la Ville de Paris en avril 2026.

02

RENFORCEMENT DU FILTRAGE À L'EMBAUCHE

Vérification systématique et périodique du casier judiciaire (B3), extension des interdictions d'exercice aux condamnés pour faits similaires, et obligation de signalement par les employeurs précédents en cas d'alerte.

03

FORMATION OBLIGATOIRE À LA PRÉVENTION

Formation de l'ensemble des personnels en contact avec des enfants (animateurs, ATSEM, enseignants) à la détection des signaux d'alerte, aux obligations légales de signalement (article 434-3 du Code pénal) et aux bonnes pratiques de protection.

04

AMÉLIORER LE RECUEIL DE LA PAROLE DE L'ENFANT

Généralisation des auditions filmées par des professionnels formés (protocole NICHD), fin du scepticisme systématique à l'égard de la parole des très jeunes enfants, et création de cellules spécialisées dans les parquets.

05

SANCTIONS EXEMPLAIRES ET RÉACTIVITÉ

Suspension immédiate dès les premières alertes sérieuses, interdiction d'exercice conservatoire pendant la procédure, et peines renforcées pour les auteurs bénéficiant d'une position d'autorité sur les victimes (circonstance aggravante déjà prévue mais insuffisamment appliquée).

06

SOUTIEN AUX FAMILLES ET AUX VICTIMES

Accompagnement psychologique gratuit et durable pour les enfants victimes et leurs familles, aide juridictionnelle renforcée, et accès à la permanence gratuite d'Innocence en Danger qui offre un soutien juridique et une constitution de partie civile.

07

TRANSPARENCE DES SIGNALEMENTS

Obligation de transmission systématique aux autorités judiciaires de tout signalement de violence sexuelle en milieu scolaire, sans filtre hiérarchique interne, avec registre consultable par les instances de contrôle.

08

ÉDUCATION À LA PROTECTION DES ENFANTS

Déploiement des programmes d'éducation à la protection corporelle dès la maternelle (« Non, c'est non »), avec formation des enseignants et implication des parents, dans le cadre des programmes nationaux de prévention des violences sexuelles.

CHRONOLOGIE


Les jalons d'une crise révélée au grand jour

2018-2019

Un animateur de deux écoles maternelles de Rezé (Loire-Atlantique) commet des agressions sexuelles sur 13 enfants. Les faits ne seront découverts que plus tard.

22 JANVIER 2026

Condamnation à 6 ans de prison ferme de l'animateur de Rezé, au-delà des réquisitions du parquet. Le Monde couvre le « long chemin des familles ».

SEPTEMBRE 2022

Début des faits présumés dans l'affaire Le Couédic à l'école maternelle de Le Bono (Morbihan). Une ATSEM est mise en cause.

10 MARS 2026

Audience dans l'affaire Dupont à Marseille. Innocence en Danger représentée par Me Bucquet.

FIN 2021 - 2022

FIN 2021 – 2022

Premier signalement dans l'affaire de Rezé, ouvrant une enquête confiée à la brigade de recherches de la gendarmerie de Tours. L'animateur est mis en examen.

11 MARS 2026

Valeurs Actuelles publie une interview de Me Jean Sannier (IED) sur « la lenteur de la justice » et « la deuxième souffrance » infligée aux familles.

2024

Innocence en Danger reçoit une trentaine de signalements de violences sexuelles en milieu scolaire, représentant près de 9 % de ses demandes de soutien. Suspension de l'animateur de l'école Titon à Paris (9 oct. 2024).

27 mars 2026

Affaire école Voltaire (Paris) : un animateur de 19 ans soupçonné d'avoir violé une enfant de 3 ans. Suspension immédiate. Innocence en Danger se constitue partie civile (Me Darmon).

DECEMBRE 2025

Procès de l'animateur de Rezé (15-16 décembre). Le parquet de Paris organise une réunion inédite avec des parents de victimes. Homayra Sellier, présidente d'IED, intervient sur France Bleu.

3 AVRIL 2026

Innocence en Danger apporte son soutien aux 750 parents parisiens ayant saisi le maire de Paris et demande un audit indépendant du périscolaire et des sanctions exemplaires.

AGIR


Comment Innocence en Danger accompagne les familles


Innocence en Danger est un mouvement international de protection des enfants contre toutes formes de violences, notamment sexuelles, présent dans 5 pays. En France, l'association propose une permanence juridique gratuite pour les familles d'enfants victimes.


 « Un enfant n'est pas un partenaire sexuel. Les violences sexuelles ne sont pas un épiphénomène mais un fléau relevant de la santé publique. »

— Association Innocence en Danger



L'association intervient sur trois niveaux : la prévention (campagnes de sensibilisation, podcast, formation), le soutien judiciaire (constitution de partie civile, permanence d'avocats pénalistes spécialisés, coordination juridique personnalisée) et la résilience (séjours de résilience pour enfants survivants dont l'association suit les dossiers juridiques, organisés depuis 2002).