TONY : VICTIME DU SILENCE

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Tony, trois ans et demi, décède des suites des nombreux coups portés par le compagnon de sa mère, sous le regard indifférent des voisins

Le jeune Tony, trois ans et demi, est transféré aux urgences le 26 novembre 2016 après que sa mère ait averti les pompiers de la prétendue perte de connaissance de son fils. Mais il est déjà trop tard : arrivé aux urgences pédiatriques de Reims, l’enfant décède. L’autopsie révèle une multitude de sévices infligés au petit garçon : de nombreux hématomes sont retrouvés sur l’ensemble du corps mais son décès est dû à une rupture de la rate et du pancréas. Ces conclusions nous laissent imaginer la violence des coups qui ont été portés. La mère de Tony et son beau-père sont mis en garde-à-vue, et très vite les masques tombent : l’homme avoue avoir porté plusieurs coups au fils de sa compagne. Ils sont tous deux placés en détention provisoire dans l’attente du procès. L’enquête va révéler que le décès du petit garçon aurait pu être évité : les voisins, entendus comme témoins, vont avouer avoir été au courant des sévices, ayant entendu à plusieurs reprises les cris de l’enfants. Mais la mécanique du silence a fait son odieux travail et personne n’a eu le courage de signaler ces faits aux services publics. Jamais un voisin n’appellera les services de police. Pourtant, nul n’est censé ignorer la loi : le fait de pouvoir éviter un crime contre l’intégrité corporelle d’un individu mais de s’abstenir volontairement constitue un délit, la non-assistance à personne en danger, puni de cinq ans d’emprisonnement et 75 000 euros d’amende. Mais la Justice semble oublier la responsabilité des voisins dans le drame de Tony, et aucun ne sera poursuivi, malgré les témoignages de leur connaissance des faits.

LES FAITS

Tony est transféré aux urgences le 26 novembre 2016, suite à un appel de la mère pour une prétendue perte de connaissance de son fils. Mais à son arrivée à l’hôpital, le petit garçon est déjà décédé. L’autopsie pratiquée sur le corps révélera une rupture de la rate et du pancréas comme cause du décès. Les parents seront mis en examen et l’enquête révélera les nombreux sévices subis par le petit garçon.

LA VIOLENCE DES COUPS, UN CALVAIRE SUBIT PAR TONY

En août 2016, Caroline LETOILE, dix-neuf ans et mère du petit Tony, se met en couple avec Loïc LEMSI qui s’installe alors directement au domicile de sa compagne. Aucun des deux ne travaille : le couple vit à l’aide des minimas sociaux. Le petit Tony va être le souffre-douleur du compagnon de sa mère qui n’est pas inconnu des services de police : il cumule sept condamnations à son actif entre 2009 et 2015 pour menaces, dégradations, violences et outrage et fût incarcéré deux ans.

Depuis le 21 novembre 2016, Tony ne va plus à l’école prétendument pour une gastroentérite. C’est le 26 novembre 2016 que le petit garçon succombe aux coups : sa mère appelle les pompiers pour la perte de connaissance de son fils. Arrivés sur place, ceux-ci le transfert directement aux urgences pédiatriques de Reims mais il est déjà trop tard : le petit garçon est décédé d’une rupture de la rate et du pancréas. D’autres blessures sont constatées : bleus sur le corps, nez cassé, déchirure des lèvres, blessures sur le cuir chevelu, etc. Les autorités sont prévenues de la situation et recherchent Loïc LEMSI qui est interpellé par la Brigade Anti-criminalité (BAC) deux heures plus tard à proximité du domicile du couple. Très rapidement une enquête est ouverte et le couple est mis en examen : Loïc LEMSI pour meurtre aggravé et violences habituelles sur mineur de moins de quinze ans par ascendant ou personne ayant autorité, la mère pour non dénonciation de mauvais traitements et non-assistance à personne en péril. La mère encourt cinq ans d’emprisonnement et son concubin encourt la perpétuité. Rapidement, l’homme avoue avoir donné des coups et des claques violentes au petit garçon en guise de punition pour un « comportement difficile ». Les deux suspects ont été placés en détention provisoire.

L’INDIFFÉRENCE DES VOISINS, UNE RESPONSABILITÉ IGNORÉE PAR LA JUSTICE

Durant l’enquête, de nombreux voisins sont interrogés en tant que témoin. Très vite, l’enquête démontre que les voisins étaient au courant des violences subies par le petit Tony. Depuis le décès de l’enfant, ils révèlent aux services de police les circonstances du calvaire subit par Tony. Ils expliquent notamment que les sévices commençaient chaque jour aux alentours de 7 heures du matin, mais ils donnent également des précisions sur les « corrections » infligées au garçon : lorsqu’il urinait au lit, le compagnon de sa mère lui mettait la tête dedans en lui assénant des coups. Mais malgré ces révélations sur la connaissance des voisins quant aux violences subies, jamais ces derniers ne seront mis en cause durant l’enquête. Pourtant, l’excuse donnée par les voisins n’excuse pas cette inertie : ils auraient craint la violence de Loïc LEMSI et les possibles représailles.

Le Procureur de la République de Reims, Matthieu BOURRETTE, déplore cette irresponsabilité des voisins et s’exprime sur l’affaire : « cet enfant aurait pu passer le Noël 2016 », a-t-il ainsi énoncé. Il rappelle également l’obligation légale d’alerte les services publics de toutes suspicions de maltraitance, obligation non respectée par les voisins du couple qui, au courant des violences, n’ont jamais daigné avertir les services sociaux ou les services de police.

L’avocate d’Innocence en Danger, Me Marie GRIMAUD, rejoint l’avis du Procureur et demande des poursuites contre les voisins témoins des violences et n’ayant pas alerté les services de police.

Le mercredi 30 novembre 2016, un hommage est rendu à Tony : une marche blanche est organisée à Reims, elle sera suivie par plus de six-cent personnes.

L’IMPLICATION D’INNOCENCE EN DANGER

Innocence en danger s’est constituée partie civile dans le cadre de l’instruction : L’association vient en soutien à l’intérêt des victimes et contribue activement à la recherche de la vérité. En effet, en tant que partie civile, elle peut, durant l’instruction, réaliser des demandes d’actes devant le juge d’instruction. Il peut s’agir de contre-expertises, compléments d’expertises, audition de témoins, etc… que le juge d’instruction est libre d’accorder ou non.

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