LOAN : UNE PUNITION MORTELLE

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Loan, 4 mois, victime de la « correction » infligée par son père sous le regard complice et silencieux de sa mère

Le 21 août 2014, Loan refuse de prendre son biberon. Cédric DANJEUX, son père, décide, sous couvert de punition, de le gifler violemment à plusieurs reprises. La mère, présente au moment des faits, ne prévient pas les secours. Loan succombe des suites de ses blessures, à 4 mois. Le père, avec la complicité de sa compagne, part enterrer le corps du nourrisson à côté d’un lac, à Saint-Sulpice-les-Champs dans la Creuse. Ce n’est qu’une semaine plus tard que les parents alertent les services de gendarmerie de la disparition de leur fils qui, selon eux, aurait été enlevé alors qu’ils faisaient une partie de pétanque et que le petit garçon serait resté seul dans la voiture. Rapidement, les enquêteurs remarquent des contradictions dans le récit des parents. Ces derniers sont ainsi mis en examen le 29 août 2014 pour violences volontaires ayant entrainé la mort. Jugés par la Cour d’assises de la Creuse dès le 10 octobre 2016, le père et la mère de Loan sont condamnés à douze ans de réclusion criminelle pour le premier et trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis pour la seconde. Un verdict léger, injuste, indigne de cette institution représentant le principe moral de Justice et témoignant, une fois encore, de la négligence de nos services publics envers les enfants de notre République.

LES FAITS

Loan, fils de Cédric DANJEUX et de Christelle MOURLON, voit le jour le 3 avril 2014 à l’hôpital de Limoges. Né prématuré et atteint d’une malformation cardiaque, le nourrisson doit être rapidement opéré dès sa naissance à l’hôpital de Toulouse. Malheureusement pour le petit garçon, cette opération ne signera pas l’espoir d’une vie heureuse, mais une descente aux enfers rapide et désespérée.

CÉDRIC DANJEUX, UNE VIOLENCE ÉTABLIE, CONNUE DES SERVICES PUBLICS

Cédric DANJEUX, père meurtrier du petit Loan, était connu des services de gendarmerie. En effet, sa compagne, Christelle MOURLON a par trois fois déposé plainte pour chef de violences à son encontre. Si les deux premières plaintes ont été rétractées, elle a maintenu la dernière, certainement du fait qu’elle était enceinte au moment des violences exercées par son concubin.

De la même façon, le personnel hospitalier, en contact avec Cédric DANJEUX lors de l’hospitalisation du petit Loan après sa naissance, a remarqué la violence du père à l’égard de sa compagne. Le couple était également suivi par les services sociaux depuis plusieurs années.

Mais alors comment et surtout pourquoi, ces différents services (gendarmerie, personnel hospitalier, services sociaux) ne sont-ils pas intervenus avant qu’il ne soit trop tard ? Pourquoi avoir laisser perdurer une situation de violence répétitive au sein du couple ? Pourquoi les services sociaux n’ont-ils pas exercé une surveillance renforcée lors de la naissance du petit Loan ? Une fois de plus, notre société semble façonner un profond désintérêt pour le sort de nos enfants, et semble se retrancher dans le droit à la vie privée plutôt que d’affronter le phénomène de maltraitance infantile.

CHRISTELLE MOURLON : VICTIME OU COUPABLE ?

Christelle MOURLON, mère de Loan, fût la première à découvrir la violence de son compagnon. Elle fût l’objet, à plusieurs reprises, de la violence de Cédric DANJEUX, la conduisant par trois fois à déposer plainte auprès des services de gendarmerie. Mais la pression morale imposée par son concubin et son amour pour celui-ci eu raison de la rétractation de deux des trois plaintes. Mais si Christelle MOURLON a eu le courage de prévenir les gendarmes des sévices qu’elle-même subissait, elle a en revanche couvert les coups portés par son compagnon sur son propre fils. Alors, mère éprise de son amant ou complicité volontaire ? Ne dit-on pas que la pire des souffrances, pour une mère, est de perdre son enfant ? Comment, dès lors, est-il possible de laisser faire, de s’abstenir et pire encore, d’aider à cacher le corps de son propre fils ? Boris CYRULNIK psychanalyste et psychiatre, a prononcé ces mots criants de vérité : « la famille, ce havre de sécurité, est en même temps le lieu de la violence extrême ».

C’est ainsi que, témoin des coups portés à son fils en guise de « correction » par son compagnon, Christelle MOURLON n’a pas prévenu les secours. Pire encore, elle s’est rendue complice de l’enterrement clandestin de son fils en aidant Cédric DANJEUX à cacher le corps du nourrisson. Ainsi, une mère a choisi la protection de son amant à la protection de son fils, une mère a préféré la lâcheté au courage. Alors Christelle MOURLON : victime de la pression morale exercée par son compagnon ou complice de ses actes odieux ?

Le verdict de la Cour d’assises, la Justice injuste

Le 10 octobre 2016 s’ouvre le procès de Cédric DANJEUX et Christelle MOURLON devant la Cour d’assises de la Creuse, à Guéret. Si la mère de Loan éprouve regrets et remords, le père reste d’une neutralité glaçante. Si l’avocat générale, Monsieur Sébastien FARGES, requière vingt années de réclusion criminelle contre le père et quatre ans d’emprisonnement contre la mère, la plaidoirie de l’avocat de la Défense, Maître Guillaume VIENNOIS, fondée sur la condamnation légère de Véronique COURJAULT (huit ans pour un trois infanticides), va faire basculer le jury. En effet, au terme de quatre jours d’audience, la Cour rend son verdict et condamne Christelle MOURLON a trois ans d’emprisonnement dont deux avec sursis et Cédric DANJEUX à douze ans de réclusion criminelle. Si ces peines sont certes accompagnées d’une injonction de soins et d’un suivi socio-judiciaire à la sortie de prison du père, elles demeurent très insuffisantes au regard de la gravité de l’acte commis, de l’âge du petit garçon (4 mois) et des liens de parenté unissant auteurs et victime.

L’IMPLICATION D’INNOCENCE EN DANGER

Innocence en danger s’est constituée partie civile dans le cadre de l’instruction : L’association vient en soutien à l’intérêt des victimes et contribue activement à la recherche de la vérité. En effet, en tant que partie civile, elle peut, durant l’instruction, réaliser des demandes d’actes devant le juge d’instruction. Il peut s’agir de contre-expertises, compléments d’expertises, audition de témoins, etc… que le juge d’instruction est libre d’accorder ou non. Elle a en cela été accompagnée par trois autres associations de protection de l’enfance qui se sont également portées partie civile (Enfance et Partage, l’Enfant Bleu et La Voix de l’Enfant).

INFORMATIONS COMPLÉMENTAIRES

Où en est l’affaire ? Le procès a eu lieu et le verdict a été rendu.

Avocate pour Innocence en Danger : Maître Nathalie BUTQUET

Avocat général lors du procès : Monsieur Sébastien FARGES

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